Août302026
T’as pas honte ?
Mes Amours, Mes Enfants, Mes Lumières, Mes Fiertés.
Je voudrais être une mère suffisamment bonne. Pas parfaite. Pas nulle. Un peu entre les deux.
Je suis devenue gênante. Particulièrement avec mes ailes de fée quand je vous emmène aux Médiévales. « La honte ! » suivi d’un « mais toi maman, t’as vraiment honte de rien ! »
Je rigole. Je riposte : « Mais si ! Des fois j’ai honte de vous ! » C’est facile. On rit ensemble. C’est facile, mais c’est faux.
Si vous saviez comme j’ai honte.
J’ai honte de la vie que je vous fais mener. J’ai honte de ne pas être toujours là pour pouvoir vous faire honte un peu plus souvent. J’ai honte de ne pas y arriver. Et par dessus tout, j’ai honte du monde que je vous laisse. J’ai honte et j’ai peur.
Je ne suis pas à la hauteur. Et le monde dans lequel on vit l’est encore moins.
Être mère, c’est ma plus grande fierté. Mon plus grand défi et mon plus grand pilier.
Être parent, paradoxe de mes plus grandes joies et de mes peurs les plus profondes.
Trouver la balance : Vous aider à grandir et vous protéger.
Je sais pas faire moi… Alors je fais ce que je peux. Je ne dors plus jamais profondément.
Toujours à guetter un souffle, un cri ou un pas dans l’escalier. Et quand vous n’êtes pas là, se méfier du silence qui m’enveloppe pour ne pas qu’il m’emporte.
L’équilibre est précaire.
Être rempart.
Toujours debout quand tout lâche autour de vous.
Être debout devant vos colères, vos chagrins, vos bobos plus ou moins gros.
Être debout devant vous même quand je rampe au ras du sol.
Être rempart. Même faible. Même triste. Même débordée.
C’est pour ça que je porte parfois des ailes de fée. Elles me tiennent debout.
Quelle étrange période…
Quelle étrange société…
Dans quel monde je vous ai mis ?
Patriarcat, capitalisme, pédocriminalité, violences, réchauffement climatique, fascisme…
Qu’est-ce que j’ai fait ?
Quel cadeau empoisonné je vous laisse ?
Je voulais vous offrir un monde en paix. Je voulais vous voir grandir et vous épanouir.
Je voulais être là pour vous. J’ai manqué à la parole que je m’étais faite. J’ai honte.
J’ai manqué à ma parole et vous me manquez. Vous me manquez tellement.
Mes enfants, mes moteurs, mes tuteurs.
Je voudrais être une mère suffisamment bonne. Et je voudrais un monde pour vous suffisamment bon.
Pour ça, il y aurait quelques paramètres à ajuster. J’ai fait ce que j’ai pu. Ce n’est pas suffisant.
Votre absence est trop lourde aujourd’hui. J’aime la vie avec vos pas, vos cris et vos miettes. Sans cela, elle est vide. Asséchée de vos larmes. Assourdie de votre silence.
Alors dans votre absence je repense à ces rituels qui, petit à petit, s’amenuisent : Le film du dimanche matin agglutinés dans mon lit après une négociation d’une heure pour se mettre d'accord et finir par tirer au sort… L’ado marmotte se lève à midi maintenant.
Et je repense à ces rituels qui apparaissent : Regarde ensemble Koh Lanta entassés sur le canapé en mangeant du riz bien plus appétissant et agrémenté que le leur. « Et c’est maman au milieu ! » que vous réclamez.
Et je repense à ces rituels qui refont surface : « Maman ? Tu peux me faire des papouilles dans les cheveux et me gratter les oreilles ? »
Je revois la photo de ma fille en tutu qui danse sur du métal debout en haut du toboggan.
Je réécoute le message de mon fils sur mon répondeur pendant les vacances me demandant comment je vais et si je m'en sors avec les bambous.
C’est ça la vie.
Je souris.
Alors je m’accroche.
Juste assez pour essayer encore d’être suffisamment bonne dans un monde insuffisamment bon.
Je remettrai mes ailes de fée.
Parce que d’elles, c’est vrai, je n’ai pas honte.

Illustration : Fée Clochette de Loisel