Juillet282026
Réunion de syndic de copropriété
La tête, le corps et le cœur

Franchement t’abuses. T’as vraiment bien choisi ton moment.
Comment ça, je t’en demande trop ? Est-ce que ça serait pas toi qui en fais un peu des caisses ? C’est quoi ce plan de s’effondrer comme ça ? Arrête un peu ton drama ! Oui, ça fait des mois que t’en peux plus, et alors ? Moi c’est pareil ! Et le coloc’ absent, n’en parlons pas !
T’étais parfaitement au courant du contrat d’abord ! Et puis honnêtement, t’aurais pu me le faire savoir plus tôt. T’as bien attendu que tout soit terminé, qu’il n’y ait plus rien à faire, que je puisse enfin souffler pour déserter.
Et puis là, voilà, on partait dans quelques jours en vacances. On pouvait enfin se relâcher tous les deux. Profiter. Se laisser un peu porter. En embarquant le coloc' neurasthénique sous le bras pour lui faire prendre l’air… Si toi aussi tu démissionnes, je fais comment ? Alors je veux bien que tu sois pas toujours d’accord avec mes plans, qu’il m’arrive d’être parfois un peu ambitieuse, mais dans ces cas-là on peut négocier non ?
Oui, OK, c’est vrai, tu m’as envoyé des signaux avant de lâcher et de me lâcher. Mais j’avais pas fini ! Et je suis déter’… et têtue…
C’est pas une raison pour frapper aussi fort. On a l’air de quoi là, maintenant, tous les deux ?
Et puis tu regardes que le côté négatif des choses : je t’épuise, je surestime tes capacités, j’en attends trop de toi… gna gna gna… Je prends soin de toi aussi ! Yoga, pilate, danse… et même je vais nager parfois ! J’ai pris une carte à la salle de sport ! Sans déc’, si c’est pas faire des efforts ça… Si, si, c’est une manière de prendre soin de toi ! bien sûr. Et puis, qui c’est qui prend rendez-vous pour des soins ayurvédiques régulièrement ? C'est bibi ! Ça t’est bénéfique autant à toi qu’à moi !
Moi quand ça va pas, je te fais pas chier comme ça. Je te fais pas de mal !
Bon d’accord, j’avoue que j’ingurgite pas forcément le meilleur carburant dans ces moments-là… Mais à part ça, franchement je m’améliore ! Je me trouve plutôt cool avec toi. Déjà j’ai convaincu le coloc’ d’en finir avec les crises d’angoisse ! J’ai arrêté les talons depuis des années. Les soutifs, c’est franchement devenu un élément de déco très occasionnel. Je privilégie carrément le confort à l’esthétique… J’ai même changé de matelas ! Je te trimballe à une ribambelle de rendez-vous à droite, à gauche : médecins, spécialistes, examens, analyses, scanners, prises de sang, analyses d’urines, colposcopies, biopsies… Mais tu crois que j’ai que ça à foutre ? Ça fait belle lurette que j’ai arrêté de me prendre des cuites régulièrement et ma consommation récréative est on ne peut plus anecdotique ! Et puis, pour le coup, avec ce que je suis obligée de prendre aujourd’hui parce que tu fais la gueule… en terme de substance et de dosage, on est pas dans la même catégorie. Ah bah, oui, ça fait du bien, c’est efficace ! T’es content ? Mais on était peut-être pas obligés d’en arriver là. Parce que maintenant je me retrouve défoncée à attendre que tu te remettes. C’est moins fun.
Et puis je trouve que tu m’en as déjà fait suffisamment baver cette année. Le petit coup des papillons là, je l’ai moyen bien pris. Et j’en ai encore pour un moment à te surveiller. Merci. Comme si j’étais pas assez débordée ! On pourrait pas trouver un compromis quand tu as des choses à me dire ? Apprends à communiquer bordel !
Et puis surtout tu choisis toujours ton moment quoi… À croire que c’est stratégique.
Alors oui, je suis peut-être un petit peu directive, un brin autoritaire, et parfois un tantinet téméraire, mais je fais tout ça autant pour toi que pour moi. Et encore, t’as de la chance ! Parce que dernièrement notre coloc’ de la cage thoracique ne vient pas se mêler de nos affaires, ça fait des mois qu’il pionce et il la ramène pas.
Comment ça l’année dernière c’est moi qui t’ai mis la misère ? Ouais, je te l’accorde les 4 à 6 heures de répét’ hebdomadaires, en plus du reste, déambulation et danse pendant 6 heures d’affilée, oui, c’était un peu raide. Mais t’en as beaucoup profité aussi. Arrête ! T’adores ça… Parce que franchement, tu réclames aussi ce genre d’activité. Maintenant il arrive souvent, quand je me pose 5 minutes que tu me suggères : « Tiens, dis donc, on se ferait pas un petit chien tête en bas ? » ou « On danserait pas en culotte dans le salon ? » Oui, moins ces derniers temps, c’est vrai… C’est que je suis fatiguée moi aussi… La preuve : faut que je sois sous tramadol pour reprendre l’écriture… ça craint…
Bon, bref, ça serait bien qu’on fasse la paix là. Parce que le départ en vacances est dans quelques jours. On a 8 heures de route à faire ensemble. Faut qu’on soit d’attaque copain ! Et je te préviens, je suis pas convaincue de la qualité de la literie qu’on trouvera là-bas. Surtout la deuxième semaine… Tu la connais déjà puisqu’on sera dans notre tente au raz du sol. Et cette pause t’en as besoin autant que moi.
Alors promis, je te laisse un peu tranquille ! Demain je t’emmène chez l’ostéo et si t’es mimi, on se fait un petit massage vendredi. On va y aller mollo ces prochains jours. De toutes façons, y a (presque) plus de bambous à déraciner. C’est fini… On a réussi…
On va se faire un petit pacte : je te fous la paix, tu me fous la paix, et on part en vacances dimanche ! Allez… Relève-toi… Tu vas pas rester là… Je sais bien que je peux partir sans toi… mais c’est moins bien quand t’es pas là.
Et promis je t’écouterai plus demain…
Et le coloc’ apathique, on le sortira du coma quand il sera prêt…