Mai172026

Norway


C’est l’histoire d’une petite fille qui rêve de soleil de minuit et d’aurores boréales.

Ça remonte à loin son envie de cette terre là…

Les récits du premier road trip de son père avec sa 2 chevaux quand il avait 18 ans…Une aventure extraordinaire à peine son permis en poche. Il était parti avec ses amis. Il s’était fendu le pied à la hache dans un concours de bûcheron à la con.

Et puis, le premier voyage en amoureux de ses parents. Pour rejoindre le cap nord. En camion. A bouffer du poisson fraîchement pêché pendant 2 mois.

Et encore le voyage de ses parents avec sa sœur quand elle avait 2 ans.

Alors qu’elle, elle était même pas encore née…

 

Et puis…

Les photos de son père accrochées dans le couloir à l’étage.

Son père, il avait un labo photo à la cave dans leur grande maison. Un vrai. Avec une lumière rouge et tout. Des bacs de produits insolites et un fil à linge où suspendre les clichés… C’était à  côté du sèche-linge… Ça aussi, ça la faisait rêver.

Mais surtout… les diapos… le projecteur. Le schlack rythmé des diapos qui défilent… l’obscurité dans le bureau. Cette pièce pleine de livres où elle aimait déjà traîner.

…Et le documentaire que ses parents avaient monté. A l’époque, fallait installer l’écran géant, mettre les bacs à diapos dans le bon ordre et lancer la musique : Neil Young et compagnie, avec la voix de sa mère pour commenter ces images magnifiques qu’ils avaient capturées lors de leur second voyage avec leur fille aînée.

Tout dans ces récits, ces images, ces bruits, ces souvenirs, ces lumières, cette musique la faisait rêver.

 

Elle est tombée amoureuse de ce pays avant même de le rencontrer.

_ Papa, maman ? Un jour vous m’emmènerez en Norvège ?

_ Ça ne sera pas possible… on est 5 maintenant…

la Norvège c’est beau mais c’est cher…

 

Ils ont fait tout plein de voyages. Ils sont partis souvent. Ils sont partis longtemps. Mais sont pas partis là-bas. Sont jamais retournés là-haut.

 

Alors elle s’est dit que quand elle serait grande, elle aussi, elle irait tout là-haut là-haut. Et peut-être même qu’elle y amènerait ses enfants. Elle en rêve depuis qu’elle a 5 ans.

 

Et c’est ce qu’elle a fait. Dès qu’elle a pu. Il a fallu d’abord convaincre son homme de voyager. Puis d’aller poser un pied au pays des vickings et du soleil de minuit. Sa fille avait 2 ans. L’âge de sa sœur quand elle était partie avec leurs parents.

Ils ont atterri près des rorbus des îles Lofoten quelques heures avant minuit. Et ils ont regardé le soleil flirter avec l’horizon sans se décider à aller se coucher. Elle en a pris plein les yeux de toute cette lumière. Ils ont poursuivi leur périple, Versteralen, Bergen, Geiranger, Flam, Oslo, Urnes, glaciers, fjords, neiges éternelles… routes, tunnels, traversiers et encore des tunnels. Beaucoup de tunnels.

Elle a pas fait d’aussi jolies photos que son père et elle les a pas développées toute seule dans un labo magique dans une cave, mais elle a quand même photographié sa fille sur le dos de la maman à la tresse à Vigeland. Elle est retombée amoureuse de ce pays en le rencontrant.

 

Et puis elle y est retournée en hiver quelques années après. Avec le petit dernier arrivé dans la famille. Son p’tit loup avait à peine 1 an. Ils ont passé Noël dans la neige et la nuit. Le meilleur de sa vie. Malgré la fatigue de la vie de famille, l’épuisement des nuits entrecoupées du petit. Ils ont bu dans un igloo, nourri des rennes et ouvert un cadeau au pied d’un sapin dessiné par sa fille de 5 ans aimanté sur le frigo. Elle a amené sa fille dans un van à la chasse aux aurores. Elle a pas pu décongeler son sourire de toute la nuit.

Elle était toujours amoureuse de ce pays.

Le symbole de sa lubie de voyager.

L’émergence de ses envies d’ailleurs.

 

Alors quand sa vie a subi son plus grand virage, elle a fait une promesse. Quand elle s’est retrouvée en mode solo, qu’elle a dû revoir son mode de vie, ses priorités et son budget, elle s’est fait une promesse. Elle ne savait pas si elle pourrait encore vraiment voyager. La priorité était tout autre. Déjà de conserver sur la tête de ses enfants le toit qu’elle avait. Et autant que faire se peut, dans leur tête, les belles histoires de leur vie d’avant.

Sa fille lui parlait des aurores boréales avec les yeux qui brillaient. Son fils enviait sa sœur d’avoir vu cet étrange spectacle vert et noir, lui qui était trop jeune à l’époque pour se souvenir.

Alors elle leur a fait une promesse. Un jour, elle les y ramènera. Un jour, ils retourneront passer le plus beau Noël du monde au-delà du cercle polaire.

 

C’est promis.

 

Et tous les trois, ils congèleront leurs sourires dans la nuit.