Avril192026

les corbeaux

LES CORBEAUX

Je suis pas malade. 
J’ai pas mal. 
Rien de visible. Rien de palpable. 
Je me sens juste condamnée. 
Même pas à ce que les papillons se transforment en crabe. 
Puisque j’aurai la chance de les surveiller à espaces réguliers à coups de pinces venant creuser douloureusement mon intimité et ma féminité. 
Surveillance me rappelant leur présence à espaces réguliers alors qu’on me dit de les oublier, de ne pas les évoquer. 
Je me sens condamnée à vivre avec la responsabilité de semer des chenilles à tout va si je renonce pas à d’autres papillons. 
Ceux qui logent parfois plus haut dans mon ventre et dans mon cœur. 
C’est pas un deuil que je comptais faire si tôt dans ma vie. 
Je les aimais bien ceux-là.
Quand bien même, ils invitent des corbeaux un peu trop souvent à nicher sous mon plexus solaire.  
On dirait pas comme ça, mais ça plombe les papillons. 

J’ai la poitrine dans un étau. 
La cage thoracique comme une cage d’oiseau. 
Je dois penser à respirer. 
Conscientiser l’inspiration. 
Forcer l’expiration.

Il faut que je sorte. 
Regarder les oiseaux et pas seulement écouter croasser les corbeaux.

Je veux pas seulement ouvrir la cage. Je veux voir disparaître les barreaux. 
Je veux des nichoirs entre mes côtes pour qu’ils viennent s’y poser. 
Qu’elles se transforment en branches plutôt qu’en cachot. 
Je veux un arbre dans le ventre et accueillir des pépiements d’oiseaux.

Je réécoute ma playlist d’ "i´m dancing in the rain". 
Je me rends compte que depuis que j’ai écrit ce texte, je n’écoute plus ces titres. 
Les vers de tête se sont envolés quand je les ai posés sur le papier. 

Alors ça sera ça mon projet pour les corbeaux. 
Ces pensées qui tournoient dans une ambiance hitchcockienne dans la cage de mon torse.  
Les poser sur le papier pour les laisser s’envoler. 
Nourrir les corbeaux.
Ça me permettra sûrement de reprendre mon souffle dans un premier temps et pourquoi pas un peu plus tard mon envol. 

Marre d’être au ras du sol. 
Plombée par leurs ailes trop lourdes. 
Ils sont trop nombreux. 
Ils croassent. 
C’est trop bruyant. Pas assez mélodieux.
Je ne comprends rien à ce qu’ils disent. 
Ils se débattent. 
Ça cogne contre mes organes mal en point. 
Ça griffe mes poumons. Ça donne des coups de becs dans mon cœur. Ça chavire mon estomac et grignote mon foie… 
… Comme l’aigle de Prométhée. 
J’ai pas signé pour être une écorchée. Je suis pas d’origine divine. Mon foie ne se régénère pas si vite. Tout comme mon cœur et ma tête. 

Je compte bien amadouer les corbeaux. 
Je les connais. 
On cohabite pas si mal en général eux et moi. 
Je suis ok pour qu’ils soient de passage à condition de ne pas élire domicile dans ma chair. 
J’ai assez à faire avec les papillons.

J’ai bien fait de sortir. 
La cage se transforme en filet. 
Ça n’est pas beaucoup mieux, mais c’est moins rigide. 
Ça permet de respirer. De souffler un peu.
2 heures. 
A défaut des papillons, c'est un corbeau qui s’est envolé. 
C’est toujours ça de gagner.