Janvier182026
L'armée des 12 psys

" C'est un asile de fous ici. Je ne suis pas fou."
J’ai fait un resto avec d’anciens collègues. Des amis maintenant.
On s’est rencontré en psychiatrie.
On y bossait… en psychiatrie.
Ensemble d’ailleurs.
j'ai fait un resto avec d'anciens collègues. Un petit retour dans le passé.
En général on est 5 ou 6. Et en général on va manger une pizza.
C’est toujours le même qui relance les invit’. Heureusement qu’il est là. Parce qu’on a toujours autant de plaisir à se retrouver.
Lui, il est devenu chef ! Ça déconne pas ! J’aurais bien voulu qu’il devienne mon chef quand le mien s’est carapaté l’année dernière. Mais ça m’aurait peut-être fait bizarre de devoir venir râler dans son bureau à lui…
Aujourd’hui c’est vraiment devenu un rituel, 3 ou 4 fois par an, depuis une dizaine d'années, n'en déplaise à une certaine pandémie mondiale.
On mange une pizza.
Et on rit.
Y a la prof, toujours à sourire. Elle est extra cette nana. C’est la joie de vivre à elle toute seule. Une Wonderwoman comme je les aime qui a fait un reset dans sa vie et qui bataille avec la légèreté et la grâce d’une plume à sourires. Avec elle, on rigole et on pique des clopes à un autre collègue.
On mange une pizza.
Et on rit.
Et tous les autres sont psys… psy 1, psy 2, psy 3…
Celle qui est devenue une amie très proche il y a déjà 20 ans. On me l’avait imposée dans le service : « Vous allez travailler ensemble pour vos mémoires ». « Euh… si je veux ! » : j’avais pensé à l’époque… Et puis, on avait bossé ensemble. Et puis, on était allé boire des coups. Et puis, on passait tous nos samedis soirs ensemble. C’est devenu la marraine de ma fille et une amie chère à mon cœur que je ne vois plus assez souvent. Heureusement que notre chef nous rassemble régulièrement autour d’un resto.
On mange une pizza.
Et on rit.
Psy 2, elle est belle et elle est douce. On s’est particulièrement rapprochées quand on a dû partager un wagon couchette puis une chambre d’hôtel avec douche au milieu pour aller assister à une formation. Le budget de l’hôpital était pas ouf pour les frais d’hébergement… Il y a quelques années, je l’ai retrouvée dans un contexte pro, à superviser mon groupe d’analyse de pratique… Euh, comment on va faire ? Parce qu’en plus d'une promiscuité digne d'une cellule de prison, on a dû partager quelques shooters également par le passé il me semble…
On mange une pizza.
Et on rit.
Psy 3, II commande toujours le vin. Et du bon s’il-vous-plait ! C’est à lui qu’on pique des clopes. Il arrive souvent à la bourre et parfois avec des péripéties de plomberie qui nous font hurler de rire à ses dépens… Et il pistonne à peu près tout ce monde-là ! Soit pour refiler des patients, soit pour nous trouver un très bon analyste. Le même pour la moitié d'entre nous.
On mange une pizza.
Et on rit.
et puis on débriefe…
Une soirée avec eux c’est une thérapie express !
C’est cash. Ça va droit au but ! Pas de détour.
"You're right. I am mentally ill."
Mais des fois, ça prend des tournures inattendues.
Un ami psy prend des nouvelles : « T’en es où sentimentalement depuis la dernière fois ? »
« Bah j’y suis retournée… J’ai vite déchanté. Je suis vaccinée. »
Sa voisine au premier : « File-moi 100 balles ! J’en étais sûre ! »
Ah les liens entre le passé, le futur, le passé…
Les psy c’est les pires ! Ils décompensent quand ils sont plus au travail. Et quand ils se rassemblent : attention ! Les oreilles saignent !
On mange une pizza.
Et on rit.
Pourvu que ça dure jusqu'en 2035.
C'est important de prendre soin de sa santé mentale.
Je prends soin de la mienne.
Avec une pizza.
Des rires.
Du vin.
Et l’armée des 12 psys qui m’entourent.