Avril052026
Des plumes

Je n’écris plus.
Ça fait des semaines. Je n’y arrive pas. Je n’y arrive plus. Ni à moi, ni aux autres. Ni pour moi, ni pour personne.
Y a bien des pensées, des idées, des envies qui tourbillonnent là-haut telle une nuée de corbeaux. Je les vois voler très haut. Impossible d’attraper un fil. Je pourrais en faire des cerfs-volants pourtant.
Depuis quand je n’écris plus ?
Depuis ce papillon qui s’est accroché à mon utérus ?
Depuis qu’on m’a dit qu’il était plutôt du genre tenace et pas sympa ce papillon ?
Depuis que ce mec s’est désintéressé de moi ?
C’est fou ce sens du timing quand même… quand tu perds tout intérêt aux yeux de l’autre à la rencontre d’un papillon. Celui-ci n’aurait-il pas fait disparaître ses cousins qui nichaient dans son ventre ? Ou bien aurait-il révéler la vraie localisation de ses propres papillons ? À savoir devant ses yeux ou dans son calbut’ plutôt que dans son ventre.
Ça doit être quelque part par là, la perte du fil… dans la perte des plumes. D’habitude j’en garde toujours une pour soigner la plaie, gratter les croûtes et recommencer jusqu’à cicatrisation. Plus ou moins jolie la cicatrisation. Plus de plumes. Plus de plume. Je ne plane plus. Redescente illico presto. On va se déplacer au ras du sol 2 minutes… ramper plutôt que s’envoler. C’est pas grave. Je suis du genre de celle qui avance. Même délestée de petits papillons et lestée d’un plus encombrant.
Je suis pourtant de l’espèce des Walkyries moi. J’en ai vu d’autres. J’ai accumulé pas mal de jeudis. Je me suis relevée d’autres embuscades de la vie. Et des biens plus dures. J’en ai perdu des plumes ! Mais jamais ma plume. Je suis une Walkyrie moi. Version Freyja. La reine des Walkyries. Je veux que chaque mort soit un renouveau, chaque fin, un commencement. Mais là, même moi, je ne suis pas convaincue. J’en ai marre. Je m’enverrais bien me faire cuire le cul du côté des vikings. Déposer les armes. Haches, ulfberhts et boucliers. Fuck Odin et le Ragnarok.
Je suis une Walkyrie et j’ai toute une armée à mes côtés. En mode tenace elle aussi. Putain, heureusement qu’ils et elles sont là. J’ai bien une petite dizaine de soldats indéfectibles : berserkers, symbole de la fureur divine et ulfhednars, fins stratèges et tactiques ! Les ours et les loups. Mais en vrai, la majorité ne sait même pas qu’elle constitue mon armée.
Chacune de leur parole, pensée résonne comme un coup frappé fort sur leur bouclier. Chacune de leur invitation, proposition sonne comme un appel au raid. Allez venez ! On va piller la vie !
Alors qu’est-ce qui m’arrive ? Pourquoi je n’y arrive plus ? Quand est-ce que ça va revenir ? J ai bien compris qu’il ne fallait pas que j’attende que la vie s’adoucisse. Autant demander à l’océan de ne plus être aussi salé. D’habitude, l’écriture ça m’aide. Le dernier rempart avant de lâcher l’affaire. Alors je vais arracher cette plume à ce vieux corbeau qui m’accompagne et en tant que Walkyrie je vais recommencer. Un mot après l’autre. « Mieux vaut combattre et tomber que de vivre sans espoir » il paraît.