Janvier042026
Angoisse de séparation

Ce soir j’ai hurlé sur mon fils.
C’est l’heure de se coucher et je l’envoie au lit. On vient de se regarder un film familial tous les 3 avec sa sœur. Il négocie pour ne pas prendre sa douche aujourd’hui mais plutôt demain. Comme d’habitude. Et j’accepte parce que j’ai pas envie de lutter ce soir.
« Allez file ! Je te rejoins pour te faire un bisou, mais avant je lance une machine à tourner. »
Je vide la machine 1 que j’ai dû lancer une deuxième fois cet après-midi parce que je n’avais pas eu le temps de translater le linge mouillé vers le sèche-linge hier.
Et il m’appelle. Une fois.
« Oui j’arrive, je m’occupe du linge ». J’étends les pulls.
Et il m’appelle. Deux fois.
Je remplis la machine 2 en pestant parce que tout ne rentre pas.
Et il m’appelle. Trois fois.
« Mas j’arrive ! »
Quand je ressors la tête du tambour, il est derrière moi : « Mais maman, je t’attends ! ».
Ça m’a fait péter un câble ! Ça fait même pas 5 minutes qu’il est monté !
Je lui ai hurlé dessus.
« Faut vraiment que t’apprennes à patienter 3 secondes ! C’est pas possible ça ! Ça va pas me faire arriver plus vite que tu m’appelles toutes les 30 secondes ! »
Et pendant que je déroule mes mots et mon énervement en montant derrière lui dans les escaliers, il penche de plus en plus la tête et ses épaules se courbent.
Mais j’en ai pas fini. J’en ai marre de ne pas pouvoir faire la moindre chose sans être interrompue 20 fois. Je n’en peux plus de ses appels. J’en ai ras-le-bol de courir partout. De jongler entre le linge, le ménage, les devoirs, les jeux, les rendez-vous à prendre, la bouffe à préparer, la vaisselle à laver, les courses à faire, le rangement, les anticipations, les allers-retours, l’organisation pour que tout rentre... Marre ! Mais MARRE !
J’ai crié.
Et lui, ses yeux s’emplissent de larmes, près à déborder.
On arrive dans sa chambre. Il est tout penaud.
Assis au bord de son lit : « Mais pourquoi tu m’appelles tout le temps comme ça ? »
…
Il vient se blottir contre moi.
Ma colère s’estompe. Mais pas mon ras-le-bol.
« T’es contrarié parce que je viens pas assez vite à tes yeux ? »
Pas de réponse…
« T’es inquiet ? »
Il hoche la tête.
Je le sers dans mes bras.
« Mais qu’est-ce qui t’inquiètes comme ça ? »
Contre moi, il hausse les épaules.
« T’as peur que je fasse autre chose que ce que je t’ai dit ? »
Hochement de tête.
« Mais même si je passe par la case pipi avant de monter ou que je sors fumer une cigarette, j’arrive ! Tu le sais ! Est-ce qu’il y a un soir où je ne suis pas montée te coucher, te faire un bisou, un gros câlin ? Est-ce qu’il a une fois où je ne suis pas restée encore une minute assise au pied de ton lit avant de dormir ? Non. Jamais. Je suis toujours là. »
Je le sers un peu plus fort.
« T’es triste ? »
Oui.
Mon cœur se sert aussi.
« Parce que je me suis fâchée ? »
Non.
…
« T’as peur que je parte ? »
Nouvelle affirmation de sa part. Et ses petits bras qui m’entourent encore plus grand.
« Mais je vais pas disparaître dans le tambour de la machine à laver… »
Je lui fais un gros câlin.
En vrai, en définitive, il y a un soir sur deux où je ne suis pas là… mais je ne suis pas partie. Je ne comptais pas partir. Et je ne comptais pas qu’il parte lui non plus.
Une larme roule sur sa joue.
« T’as le droit de pleurer tu sais. »
Où voudrait-il que j’aille alors qu’il est ma maison ? Mon refuge, mon ancre, mon sémaphore…
« Je t’aime. Je vais pas partir. » Ni maintenant ni jamais.
« Je vais pas partir. » Je ne suis jamais partie.
« Je suis ta maman ».
« Un jour, c’est toi qui partiras quand tu seras grand. Mais même à ce moment-là, je serai toujours là. Dès que tu auras besoin de moi. »
Je serai toujours là.
Parfois, en mode multitâche avec la tête dans le tambour de la machine à laver.
Mais je serai toujours là.