Octobre182026
À l’aire de l’IA

Un petit air d’humain ou un petit air d’IA ?
Je refuse catégoriquement l’utilisation de l’IA.
Au-delà de l’aberrante aberration écologique qu’elle représente, elle est le déclin de l’intelligence humaine car elle détruit la démarche de réflexion, d’essais, et même d’erreurs qui s'avèrent parfois être une source de découverte et de créativité.
L'IA est le processus qui nous éloigne de plus en plus de l’intelligence émotionnelle et relationnelle. Ce dont ce monde n’a vraiment pas besoin de se passer.
Laissons-nous découvrir encore, même si d’autres l’ont découvert avant nous. Laissez-nous créer, même si c’est raté, même si c’est imparfait, même si ça ne plaît pas à tout le monde. Surtout ! Si ça ne plaît pas à tout le monde.
L'IA induit une uniformisation de la pensée et de la représentation.
C’est lisse, plat et non incarné.
Pas d’émotion dans les mots, les couleurs et la musique d’une IA. Pas d’expériences nourrissant nos maux puis nos mots.
Pas de recherche laborieuse et parfois longue, semée d’embûches pour trouver les formules justes qui résident et résonnent à l’intérieur de nous et qui le feront peut-être à l’intérieur des spectateurs ou des lecteurs. Pas de labeur, pas de temps, pas de remise en question puisque l’IA nous soufflerait ce que l’on veut écrire, penser, créer.
Une amie a passé quelques-uns de mes textes sous le radar d’une IA pour mieux y comprendre les articulations, les chemins et les métaphores qui s’y cachent.
J’étais dubitative mais aussi curieuse de voir une explication de texte de mes textes. C’est troublant. Beaucoup de choses justes qui découvrent une partie de l’intention et de l’attention que je porte à mes mots. Mais aussi des références non reconnues puisqu’elles viennent du vécu et de la transformation littéraire.
Pas besoin d’une IA pour ressentir.
Ce que j’écris. Ce que tu lis. Parfois un écho différent mais pas moins juste.
Qu’est-ce qui a fait les mots que je pose ? Qu’est-ce que te font mes mots ? Ce n’est pas toujours aligné.
"J’aurais pu écrire la même chose" on me dit parfois. Non. Tu aurais choisi tes mots. Ton ordre. Ta chronologie. Tes accents. Ton rythme. Ta musique. Tes espaces. Tes pauses. Ta ponctuation.
Rien n’est parfait dans ce que j’écris. On peut faire mieux. Autrement. Différemment pour parler des mêmes sujets. Rien n’est parfait. Ce n’a pas vocation à l’être.
Par contre ça a vocation d’être incarné.
Mes mots ne traversent pas une machine. Ils traversent mon cœur, ma tête et mon corps. Ils sont les bras qui relient ces îles. Parfois clairs et limpides. Parfois troublés et sinueux. Mais toujours ancrés dans une réalité vivante. La mienne. Mon prisme. Ma vision des choses. Une réalité. Pas LA réalité.
Quel intérêt de confier ce cheminement à terminator ? Je suis la rivière, pas le radeau qui flotte au-dessus des abysses de l’IA.
Des auteurices se questionnent et remettent en question leur façon d’écrire, leur style littéraire pour ne pas ressembler à ce que l’IA produit alors que celle-là même vampirise leurs écrits, se nourrit de leurs mots et apprend de leur imagination.
Hors de question que je choisisse mes mots en fonction de ce que pourrait « penser » une IA. Je le fais déjà pas si un humain me dit que mes mots sont durs…
« C’est pas du Marc Levy » qu'on m'a dit. Je crois bien, oui...
« Dur mais juste » a-t-on parfois ajouté. Fort possible.
« Des mots acérés comme les morceaux d’un verre brisé. » m'a-t-on soufflé. Mouais...
« Des textes tranchants. » qu'on m'a assuré. Sûrement.
« Une plume incisive et éclairé ». Mais drôle aussi parfois...
Rien de lisse dans tout ça. Des aspérités. Des failles. De l’encre, des larmes et du sang.
Mes mots sont choisis, dosés, assemblés. Ils mijotent dans ma tête plus ou moins longtemps selon la cuisson souhaitée. Ils marinent parfois quelques minutes et parfois des mois. Ils chantent dans ma tête, grattent dans mon corps, toquent à la porte de mon cœur.
Ils tissent une histoire s’arrangeant de ma réalité. Ils flirtent avec l’art de la fiction.
Je ne m’enlèverais jamais ce plaisir qui allie la cuisine, la musique et la couture.
Ce travail souvent laborieux, il est mon moteur, mon élan.
Ces mots et ces textes produits sont mes pansements, mes béquilles .
Et j’utilise à foison les structures ternaires, les formules binaires ou d’opposition ainsi que l’emploi de vocabulaire grandiloquent qui sont censés être des marqueurs d’un texte généré par IA. Quand placer un « nonobstant », un « truculent » ou bien encore un « interlope » si ce n’est dans une production littéraire ?
Mes histoires ne sont pas seulement mon histoire. Mais elles s’en nourrissent. Elles sont pleine d’ellipses, de sélections, et même parfois de distorsions de leur source d’origine.
Quoi qu'il en coûte, en énergie comme en temps, pour écrire comme pour penser, je continuerai à me passer de l'IA.